Au boulot !

Les pauvres chômeurs cherchent en vain du travail alors que les employeurs tyranniques profitent de la crise pour ne pas embaucher. C'est en bref ce qu'on peut lire ou entendre partout, comme ici.


Je suis gérant d'une PME de services à la personne. Je recherche un responsable d'agence. Je propose un salaire de 2000 euros brut, certes. Auquel il faut ajouter un variable sur objectifs (dont tous les candidats s'accordent à dire qu'ils sont réalistes) de 1000 euros. Et passé le cap des 3000 euros, une participation aux résultats de l'entreprise.

Les choses sont claires : c'est le responsable d'agence qui décide de ses conditions de travail : il trouve l'agence trop petite ou mal agencée, on lui en propose une autre. Les employés de lui conviennent pas ? on lui propose un budget pour s'entourer des personnes qu'il ou elle veut. Et de même pour tout ce qui concerne ses conditions de réussite à ce poste clé. Je ne suis intransigeant que sur une chose : je veux une personne motivée pour travailler (et encore, c'est un poste "35 heures") capable de transférer cette envie sur des collaborateurs (profil cadre RH donc).

Pôle Emploi m'envoie environ 10 candidatures par semaine : c'est minable, sans appel. Ces gens-là ne savent décidément pas ce qu'est une entreprise.

Je publie des offres diversement formulées sur des sites spécialisés : c'est à peu près toujours la même chose, quand le cv est correct et qu'on arrive à l'entretien :

- vous connaissez les services à la personne ?

- oui, un peu, j'en ai entendu parler à la télévision

- vous savez ce qu'est le cesu ?

- j'en ai entendu parler mais je ne sais pas en détails

- vous connaissez notre société, vous vous êtes renseigné sur ses chiffres, ses services, ce qui fait ses spécificités ?

- euh non...

Si je retirais des candidatures celles qui comportent des fautes d'accord ou d'orthographe dès la première phrase de la lettre de motivation, au moins 40% passeraient à la poubelle.

Il y a ceux qui posent leurs conditions avant d'avoir posé les bonnes questions : "vous ne travaillez pas le samedi au moins ? non parce qu'il faut au moins deux jours pour bien se reposer", "- certes".

Et j'en passe, beaucoup. Je suis à la recherche d'un salarié depuis près de 3 mois. Et je ne fais pas état des offres d'emploi pour les postes non cadres - ce serait impudique.

Anecdotes

La semaine dernière, je pensais avoir trouvé une personne convenable. Les "choses" avaient été posées : vous avez une formation à l'entrée sur l'administratif, il faut que vous sachiez comment cela fonctionne pour le faire faire bien, ensuite vous choisirez votre personnel administratif. Trois jours plus tard, j'ai reçu un email m'informant que le poste est trop administratif, c'est une démission.

Le mois précédent, j'avais proposé à deux de mes employées de me soumettre en quelques lignes les critères d'un bon responsable d'agence selon elles, en leur disant "c'est vous qui travaillerez le plus avec cette nouvelle personne, je trouverais bien que vous ayez votre mot à dire sur son recrutement" (j'avais vu une émission sur France 5 à propos de Google, qui pratique très bien ce genre d'horizontalisation des relations de travail). Réaction de la première : "pfffffff". La réponse de l'autre est pire (là j'ai énormément douté des capacités de recrutement de mes collaborateurs) : ça dépend en fonction de l'intérêt de qui ont décide : de nous ou de la société ? J'ai demandé : " - normalement, ces intérêts sont les mêmes non ? - ouais ouais". C'est sûr, j'avais tendu une perche pour une relation horizontale, j'étais servi.

Je me permets une opinion

La société d'aujourd'hui fustige la puissance : les patrons, les politiques, les entreprises, l'argent. Tout ce qui dirige est nocif. C'est du moins l'idée qu'on peut s'en faire rapidement quand on laisse les médias téléguider nos opinions. Et on laisse les salariés se séparer profondément du monde de l'entreprise, les étudiants de l'idée de travailler en entreprise, et même les enfants de l'idée qu'il peut devenir valorisant d'être lié à une entreprise. Sans voir notamment que le refus de l'autorité est une impuissance.

Grâce aux lois de modernisation du code du travail (avec le plan Borloo par exemple), mon entreprise multiplie chaque année par trois son chiffre d'affaires (dois-je en avoir honte ?). Je pourrais être un patron heureux. Mais si au final je dois passer pour un voyou radin mesquin qui fait tout pour embaucher le moins possible et faire des profits sur le dos des salariés par une sorte de crapulerie innée, je pense être victime de diffamation. Et quand je vois chaque jour que la crise est bien autant fabriquée par des faignants prétentieux que par des patrons, je me demande pourquoi le gouvernement ne tape pas une bonne fois sur la table pour dire "au boulot".

Source : un article de trop

Information publiée le 15 mai 2009 - Mise à jour : 15 mai 2009


Vos contributions

Patriciaolala

Franchement, on a pas l’impression qu’au niveau de votre anecdote, les choses se soient passées comme ça. Et puis en qualité de dirigeant, il est surement préférable de ne pas rêver a des relations « hiérarchique » horizontales ( je rajoute ce mot par ce que je pense pas que vous ayez imaginé ne serait-ce qu’un seul instant autre chose…) avec des collaborateurs qui ne sont pas a ce niveau, ce qui pourrait faire désordre tôt ou tard ( si ce n’est pas déjà le cas???). Je vous dit ça pas ce que je pense qu’il faut toujours laisser les choses a leur place!

Est-il possible que vous ayez une part de responsabilité la démission précipité de la candidate retenue? ou que vous ne disiez pas tout?

Quand aux médias, on sait tous qu’ils ne sont bon qu’a faire du sensationnel et qu’ils ont depuis longtemps franchi la ligne sacrée de la neutralité!

Franchement, vous ne devriez pas vous soucier plus que ça de ce que les médias et l’opinion publique pense mais plutôt de celui de votre entourage qui j’en suis sur doivent avoir beaucoup de respect pour vous, pour votre travail et peut être même de l’admiration qu’ils peinent a avouer…

cinaoj

Lisant par hasard ce post, bien longtemps après sa publication, il m’interpelle. Je ne suis pas moi-même dirigeant d’entreprise mais, âgé de 50 ans, possédant toutes les facultés de responsable d’agence (pour activités à dominantes techniques) et venant de retrouver un poste avec cette fonction après 5 ans de galère; candidature, non-réponse, « dommage vous étiez le 2eme », pas le profil et j’en passe; je comprends le désarroi du chef d’entreprise. Votre temps est compté, votre métier n’est pas « recruteur » faites vous aider pour cette tache, cela vous laissera plus de temps pour effectuer une de vos taches premières: commercial. Et pensez aux « sénior », vous en trouverez aisément possédant des qualités et compétences administratives, managériales, relationnelles et commerciales. Mais ne terminez pas votre commentaire par « au boulot ».*** TROP DE GENS NE DEMANDENT QUE çA, moi, çA FAIT 5 ANS QUE je DEMANDAIS !!! quand au commentaire de Patriciaolala,-je cite- « avec des collaborateurs qui ne sont pas a ce niveau », « il faut toujours laisser les choses a leur place » . Je pense qu’il sera difficile de faire quelque chose de bien de cette personne. De plus, vous ne pouviez pas l’embaucher, aux vues de ses facultés grammaticales et linguistiques.

joe

3000€ avec le variable ?? Faut pas se plaindre de ne pas avoir la crème.
Je gère un agence de 300 intérimaires sur des métiers « peu qualifiés ».
Pour attirer les cadres compétents, votre grille de salaire est à revoir.
Pas payer et se plaindre je vois aussi cela tous les jours

cesu

Ce n’est pas faux. C’est que le terme « responsable d’agence » n’est pas adapté. On parle de « chef de secteur » et il semblerait que le salaire soit adapté puisqu’après avoir changé l’intitulé du poste, j’ai eu une cinquantaine de candidatures. J’en ai retenu 8 sur 50.

cesu

Joe, pourriez-vous nous donner le nom de votre agence et un cas concret ?

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